Vous avez dit 1/3 payant !!!

Pourquoi je soutiens la réforme instaurant le tiers payant !! Et pourquoi je refuse le blanc-seing que le tiers payant accorde à l’assurance maladie et aux complémentaires …

Les difficultés financières de très nombreuses personnes sont une évidence et font qu’un certain nombre de malades retardent des soins nécessaires. Souvent, ce sont les soins les plus coûteux et très mal remboursés qui sont différés comme les lunettes, les soins dentaires ou l’achat de prothèses auditives. Mais le paiement d’une simple consultation à 23 euros peut poser problème pour certaines familles. En période d’épidémie grippale ou de gastro-entérite, il nous arrive souvent de voir trois ou quatre personnes malades au sein d’une même famille. Comment méconnaître qu’avancer le prix de ces consultations, soit 69 ou 92 euros, ne va pas poser problème à certains.

Et puis le tiers payant généralisé nous permettrait d’économiser le temps passé à l’encaissement des consultations. Aujourd’hui, nous recevons de l’argent liquide (il faut avoir de la monnaie) des chèques (parfois en bois !!) la carte bancaire (avec parfois des difficultés quand il faut l’autorisation de la banque) la CMU (quand elle est à jour) ou le tiers payant pour la grande majorité des patients en ALD dans les EHPAD. C’est chronophage. Notre comptabilité se trouverait simplifiée par l’avance d’honoraire à la condition d’un fonctionnement sécurisé et d’une lisibilité du système. Le médecin n’aurait plus à s’occuper de l’encaissement de ses honoraires ce qui est un gain de temps.

Enfin, argument fallacieux s’il en est, quelle ironie de vouloir responsabiliser les patients par l’avance de frais. Le gouvernement, en laissant les franchises en place pour des raisons purement budgétaires, a laissé prospérer le sentiment que l’on pouvait répondre à une supposée surconsommation médicale par une pénalisation des consommateurs. Alors, il devient plus difficile d’expliquer que l’absence d’avance d’honoraire ne va pas s’accompagner d’une inflation des consultations …

Si c’est gratuit, les patients vont abuser !! Une idée préconçue qui a la vie dure malgré les chiffres, les patients, bénéficiant de la CMU, dévoieraient le système en venant trop souvent consulter ? C’est faux et les quelques actes inutiles possibles s’expliquent le souvent par la précarité des gens. Et dans ce cas, le médecin généraliste se trouve souvent à jouer le rôle du travailleur social. En termes économiques, les patients en CMU ont un “panier de soin “ inférieur à la moyenne de la population.

Alors qui a envie de consulter tout le temps : les hypochondriaques bien sûr !! Malheureusement pour eux et pour nous, avec ou sans le tiers payant, ils consulteront encore et toujours, victimes de leur angoisse.

Le vrai sujet, la seule crainte qui vaille est le risque d’une étatisation camouflée et la mise sous tutelle des médecins libéraux. En préambule, il est bon de rappeler que les médecins conventionnés tirent leurs revenus de la solidarité nationale. Nous ne sommes pas comme les artisans qui peuvent fixer leur prestation selon le marché ou leur réputation.

Mais nos honoraires, aujourd’hui versés principalement par les patients pour la majorité des médecins, seraient demain directement versés par l’assurance maladie et les organismes complémentaires. Ce changement entrainera une modification majeur dans notre relation avec ces derniers.

Ce lien financier soulève le risque d’une mise sous tutelle de la médecine libérale par les organismes payeurs publics et privés.
Pour le patient, le risque est de voir sa santé abordée à travers son coût par le payeur. Et pour le médecin, l’indépendance de sa pratique au profit des patients va être mise à mal. Pour s’en convaincre il suffit d’évaluer la justesse des critères permettant actuellement aux médecins libéraux de toucher le ROPS (Rémunération sur Objectifs de santé Publique) Parmi les indicateurs choisis, bien peu sont au bénéfice directement des patients. Le critère économique prime très souvent au dépend d’indicateurs sur la qualité du soin. Quand aux indicateurs d’organisation du cabinet, ils frisent souvent le ridicule.

Le tiers payant généralisé est une avancée pour plus de justice face à la maladie, un meilleur dépistage, une vraie politique de prévention, aujourd’hui non pris en charge. Mais les risques d’une fragilisation du système de soin libéral avec un désengagement des médecins doivent être pris en compte.

Oui à la mise en place de l’avance d’honoraire généralisé mais non à son pilotage par les organismes payeurs publics ou privés …

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