Un rapport bien ambigüe !

La sortie du rapport commandité par François Hollande sur la fin de vie permet de relancer le débat sur une loi légalisant l’Euthanasie. Cette question, mainte fois mise en exergue par l’actualité, touche fortement les français qui, dans une très large majorité, se prononcent de manière constante pour une avancée de la législation en faveur de l’Euthanasie.

Et là, surprise, à la lecture du rapport, on constate une très grande défiance envers le mot Euthanasie qui semble être devenu un mot tabou. Interviewé sur France-Inter le matin même de la remise de son rapport au président de la république, le Pr Sicard va évoquer … le suicide assisté.

Pourquoi cette frilosité devant l’Euthanasie.

Pour aborder sereinement le débat, il faut définir un cadre à la problématique qu’est la fin de vie. Pour la grande majorité de la population, c’est la prise en charge d’un être humain atteint d’une maladie incurable et mortelle à plus ou moins brève échéance, qui souffre et souhaite arrêter de vivre.

Cette demande s’adresse à l’entourage des patients, soignants et proches, la réponse va conditionner directement le bien être du malade.

Il est infiniment triste et douloureux de voir partir un proche.

Il est encore plus triste d’être celui qui part dans d’horribles souffrances.

Dans le premier cas, c’est une douleur de séparation, une perte de l’amour voire d’une passion mais qui va s’estomper, plus ou moins vite avec le temps et qui laissera la place à une vie, sans elle ou sans lui.

Pour la personne en fin de vie, la situation est tout autre. Les douleurs vont s’aggraver, envahir le quotidien, malgré d’admirables soins prodigués par les équipes de soins palliatifs, avec la mort comme seule issue, mais dans combien de temps.

Pourquoi ce temps ? Réminiscence religieuse qui veut que la souffrance soit le mal nécessaire pour gagner un très hypothétique paradis !

Ce refus dogmatique de l’Euthanasie me donne l’impression de protéger l’entourage au détriment du malade.

Ne jouons pas sur les mots, l’Euthanasie, pratiqué en Belgique comme en Hollande, est une exécution. Mais l’équipe médicale assume le fait de retirer la vie en quelques secondes pour la paix du malade, souvent entouré d’amis et de sa famille, loin de l’inévitable agonie qu’entraine une juste application de la loi dite Léonetti.

Arrêtons de masquer cette réalité par une supposée ignorance de la loi. Le problème ne vient pas d’une méconnaissance de la loi, mais de la façon de l’appliquer parce qu’elle a été pensée par des personnes pour qui hâter la mort est un tabou. La seule concession du législateur concerne la prise en charge de la douleur du malade mais, comme le rappelle la loi de façon particulièrement ambigue, « en lui appliquant un traitement qui peut avoir pour effet secondaire d’abréger la vie ». Ces quelques mots autorisent la retenue de certaines équipes, de certains médecins. Selon les convictions des soignants, la mort, qui est inéluctable, surviendra plus ou moins vite …

Dernier point troublant du rapport, comment autoriser le malade de mettre fin à ses jours comme le suggère à demi-mot le rapport du Pr Sicard. Le suicide assisté tel qu’il est pratiqué dans certains pays dont la Suisse toute proche est le comble de l’hypocrisie. Au patient en fin de vie, qui n’a plus que la mort comme issue, on va lui demander de mettre fin à ses jours !

Au delà d’un insupportable appel au suicide, c’est une double peine infligée au malade.

Cela témoigne  d’une fuite du corps médical devant la mort qui accepterait de prescrire le produit ou préparer une perfusion, mais aurait un droit de retrait au moment de faire boire ou d’injecter le produit létale.  Quelle mascarade !

Les professionnels de la santé doivent prend en charge la vie dans son ensemble. On ne peut se défiler quand arrivent les derniers jours, la dernière heure, les dernières secondes. Arrêtons de se référer constamment au serment d’Hippocrate en le sacralisant. Ce texte issu de la Grèce antique au IVème siècle avant J.-C doit rester ce qu’il est, le témoignage d’un médecin philosophe qui va servir de trame à un code de déontologie qui évolue avec la société. N’oublions pas que initialement le serment d’Hippocrate interdisait l’IVG. Au vu de l’évolution des règles de notre société,  le texte original a été réécrit.

Enfin, comme ils sont présomptueux et arrogants ces confrères qui hurlent avoir fait médecine pour soigner et guérir. Comme si ceux qui s’interrogeaient sur la prise en charge de la fin de vie n’étaient pas de bons médecins.

La mort fait partie de la vie. Elle n’est pas en soit un échec mais une réalité qui conditionne notre existence.

2 Comments

  • documenté, à l évidence fondé sur une connaissance technique du sujet ainsi que sur une expérience professionnelle et humaine devant lesquelles l’hypocrisie de certains courants de pensée ou autres principes que l’on comprend maintenant inadaptés, devront succomber.
    La démonstration, au surplus très bien écrite, emporte l adhésion.

  • Article
    argumenté et fort bien rédigé-Résultat sans doute d’un cheminement
    professionnel et personnel- Il est vrai que la séparation d’un être cher
    est une vraie douleur qui provoque le chaos de son existence et le
    renvoie à l’authenticité de ses émotions-Pour autant il est temps
    d’aborder le sujet de la vie donc de la mort dans toutes ses dimensions
    pratiques et symboliques. Ce n’est pas que l’affaire du corps médical
    qui se retranche derrière l’application d’un de ses principaux préceptes
    mais l’affaire de tous. Il est ardu pour nous tous de s’accrocher à la
    vérité de notre propre continuité d’une manière fiable et soutenue au
    milieu des affres.
    Le but de la médecine est certes de pas nuire mais aussi d’être utile.La
    question du passage à la mort hante, il n’existe pas de bons moments
    pour en parler, seulement il me parait indispensable de poser pleinement
    la question car au fond n’est ce pas le sujet le plus important de la
    vie pour les malades en phase terminale?
    j’approuve votre raisonnement


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