C’est pas moi, c’est lui ou comment nier une connivence !

UnknownMercredi 10 janvier, en allant prendre le train pour rentrer à Dijon à la Gare de Lyon, mon attention est attirée par la première page du journal « Le Monde » sur les liens supposés entre des gynécologues et l’industrie pharmaceutique.

Quelle ne fut pas ma consternation à la lecture, en page 2, de l’interview de quatre médecins connus, spécialisés en gynécologie et leaders d’opinion, justifiant leur relation avec les laboratoires pharmaceutiques. Les propos sont affligeants et très inquiétants de la part de tels professionnels ayant d’importantes responsabilités.

Certains de leur innocence et de leur bonne foi, les quatre médecins  égrènent une suite d’affirmations d’un autre âge, complètement déconnecté de la réalité d’aujourd’hui. Tous les vieux clichés de la médecine d’un temps révolu sont mis en avant.

En effet, Israël Nisand rappelle tout d’abord, en introduction, qu’il trouve normal et naturel de travailler avec tous les laboratoires. Puis, après nous faire part de quelques brebis galeuses qu’il qualifie lui même de pourries, il assure que, lui, il sait garder toute son indépendance vis à vis des laboratoires avec lesquels il travaille.

Quelle force de caractère a cet homme !

Tout comme Christian Jamin, qui explique qu’en tant que leader d’opinion, il est sollicité par des laboratoires très régulièrement. Il affirme que l’influence de l’industrie fait partie de notre réflexion. C’est presque un oxymore, mais, pourquoi pas après tout. Là où le bas blesse, c’est quand il se revendique consultant de laboratoires, et donc rémunéré par eux. Aussi, affirmer ne jamais être influencé par ces mêmes laboratoires au motif que « tout le monde n’a peut-être pas mon caractère » me laisse pantois !

Qu’il se rassure, il n’est pas le seul.

Sylvain Mimoun aussi pense qu’à priori, il n’est pas influencé, même s’il reconnaît apprécier, grâce à l’industrie pharmaceutique, pouvoir « développer ses visées et entretenir sa réputation » .

Enfin, avec Brigitte Letombe, c’est la cerise sur le gâteau. Elle démarre sur les chapeaux de roues avec une évidence qu’elle réaffirme sans le moindre complexe. « Travailler avec les laboratoires, c’est le minimum quand on est médecin » !!!

Je vais avoir du boulot avec mes étudiants pour justifier cette évidence. Et moi qui leurs parlait d’empathie, d’écoute du patient, du nécessaire esprit critique pour choisir le meilleur traitement.. Fut un temps où l’on enseignait  la maxime d’hypocrate   « primum non nocere ». Aujourd’hui changement de paradigme, c’est « prime à la nouveauté »

Au diapason avec ses trois confrères masculins, Brigitte Letombe ne comprend absolument pas le risque des conflits d’intérêts, « en tout cas pas pour moi » ajoute-t-elle, ne pouvant probablement pas complètement éteindre cette  petite voix de bon sens qui l’inciterait à douter (un petit peu) de l’impartialité d’un jugement quand il existe un lien de subordination.

Mais le comble de la mauvaise foi est atteint lorsque, à cours d’arguments, elle énonce  cette vérité définitive et sans appel « Nous sommes médecins ! »

Car les médecins, dans leur tour d’ivoire, ne peuvent pas se tromper. Oubliées les affaires du sang contaminé, des surdosages en radiothérapie, des prothèses PIP, du Médiator et son bon docteur Servier …   Tous ces drames n’auraient servis à rien sous prétexte que le status de « médecin » nous rendrait irréprochables.

L’argent dépensé par l’industrie pharmaceutique pour quelques leaders d’opinion ne serait donné que dans un but philanthropique afin de mieux informer les patients, mieux former les étudiants et de manière très subsidiaire, apporter quelques indemnités financières à ces chers leaders incorruptibles.

 

En guise de conclusion et pour rester optimiste je citerai Gandhi  à l’intention de ces confrères qui semblent,  hélas, de bonne foi :  « Commencer par changer en vous ce que vous voulez changer autour de vous ».

 

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