Vous avez dit 1/3 payant !!!

Pourquoi je soutiens la réforme instaurant le tiers payant !! Et pourquoi je refuse le blanc-seing que le tiers payant accorde à l’assurance maladie et aux complémentaires …
Les difficultés financières de très nombreuses personnes sont une évidence et font qu’un certain nombre de malades retardent des soins nécessaires. Souvent, ce sont les soins les plus coûteux et très mal remboursés qui sont différés comme les lunettes, les soins dentaires ou l’achat de prothèses auditives. Mais le paiement d’une simple consultation à 23 euros peut poser problème pour certaines familles. En période d’épidémie grippale ou de gastro-entérite, il nous arrive souvent de voir trois ou quatre personnes malades au sein d’une même famille. Comment méconnaître qu’avancer le prix de ces consultations, soit 69 ou 92 euros, ne va pas poser problème à certains.
Et puis le tiers payant généralisé nous permettrait d’économiser le temps passé à l’encaissement des consultations. Aujourd’hui, nous recevons de l’argent liquide (il faut avoir de la monnaie) des chèques (parfois en bois !!) la carte bancaire (avec parfois des difficultés quand il faut l’autorisation de la banque) la CMU (quand elle est à jour) ou le tiers payant pour la grande majorité des patients en ALD dans les EHPAD. C’est chronophage. Notre comptabilité se trouverait simplifiée par l’avance d’honoraire à la condition d’un fonctionnement sécurisé et d’une lisibilité du système. Le médecin n’aurait plus à s’occuper de l’encaissement de ses honoraires ce qui est un gain de temps.
Enfin, argument fallacieux s’il en est, quelle ironie de vouloir responsabiliser les patients par l’avance de frais. Le gouvernement, en laissant les franchises en place pour des raisons purement budgétaires, a laissé prospérer le sentiment que l’on pouvait répondre à une supposée surconsommation médicale par une pénalisation des consommateurs. Alors, il devient plus difficile d’expliquer que l’absence d’avance d’honoraire ne va pas s’accompagner d’une inflation des consultations …
Si c’est gratuit, les patients vont abuser !! Une idée préconçue qui a la vie dure malgré les chiffres, les patients, bénéficiant de la CMU, dévoieraient le système en venant trop souvent consulter ? C’est faux et les quelques actes inutiles possibles s’expliquent le souvent par la précarité des gens. Et dans ce cas, le médecin généraliste se trouve souvent à jouer le rôle du travailleur social. En termes économiques, les patients en CMU ont un “panier de soin “ inférieur à la moyenne de la population.
Alors qui a envie de consulter tout le temps : les hypochondriaques bien sûr !! Malheureusement pour eux et pour nous, avec ou sans le tiers payant, ils consulteront encore et toujours, victimes de leur angoisse.
Le vrai sujet, la seule crainte qui vaille est le risque d’une étatisation camouflée et la mise sous tutelle des médecins libéraux. En préambule, il est bon de rappeler que les médecins conventionnés tirent leurs revenus de la solidarité nationale. Nous ne sommes pas comme les artisans qui peuvent fixer leur prestation selon le marché ou leur réputation.
Mais nos honoraires, aujourd’hui versés principalement par les patients pour la majorité des médecins, seraient demain directement versés par l’assurance maladie et les organismes complémentaires. Ce changement entrainera une modification majeur dans notre relation avec ces derniers.
Ce lien financier soulève le risque d’une mise sous tutelle de la médecine libérale par les organismes payeurs publics et privés.
Pour le patient, le risque est de voir sa santé abordée à travers son coût par le payeur. Et pour le médecin, l’indépendance de sa pratique au profit des patients va être mise à mal. Pour s’en convaincre il suffit d’évaluer la justesse des critères permettant actuellement aux médecins libéraux de toucher le ROPS (Rémunération sur Objectifs de santé Publique) Parmi les indicateurs choisis, bien peu sont au bénéfice directement des patients. Le critère économique prime très souvent au dépend d’indicateurs sur la qualité du soin. Quand aux indicateurs d’organisation du cabinet, ils frisent souvent le ridicule.
Le tiers payant généralisé est une avancée pour plus de justice face à la maladie, un meilleur dépistage, une vraie politique de prévention, aujourd’hui non pris en charge. Mais les risques d’une fragilisation du système de soin libéral avec un désengagement des médecins doivent être pris en compte.
Oui à la mise en place de l’avance d’honoraire généralisé mais non à son pilotage par les organismes payeurs publics ou privés …

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Quelle surveillance de la Grippe en France demain ?

grippe

 

Les virus grippaux sont des invités qui viennent nos voir tous les ans à la saison froide. Extrêmement fidèle, la grippe ne dit jamais quand elle débarque, ni à combien de virus. Parfois même ces derniers se déguisent afin d’échapper aux défenses du corps humains voire aux médicaments antiviraux.

En France il existait depuis 30 ans un réseau de surveillance et d’alerte des infections respiratoires aigues nommé Grog. Ce réseau, constitué de médecins généralistes, de pédiatres, de pharmaciens et de médecins militaires, assurait un recueil de données cliniques et virologiques.

Unique en France, le réseau des Grog permettait aux autorités sanitaires de connaître précisément le début de l’épidémie (1) et son devenir tant clinique que virologique. Notre réseau a une structure juridique de type associatif (loi 1901). L’association existe grâce à ses membres constitués par l’ensemble des vigies à jour de leur cotisation. Chaque région est organisée au sein d’une coordination qui anime la période de veille en faisant l’interface entre les vigies, les virologues et la coordination nationale (distribution des kits de prélèvement, relance des vigies, transmission des donnés au niveau national). Pièce centrale du réseau des Grog, la coordination nationale, constituée de cinq personnes à temps partiel, transmet à l’InVS les informations sur les grippes fébriles, produit un bulletin hebdomadaire sur l’épidémie à destination des vigies et un bulletin plus grand public destiné aux médias. Enfin elle participe à de nombreuses études nationales et internationales sur les IRA et tout particulièrement la grippe.

Un deuxième réseau de veille sanitaire, le réseau Sentinelle, est présent sur le territoire. Avec pratiquement la même ancienneté que le réseau des Grog, il assure une surveillance de nombreux indicateurs sanitaires, actuellement huit qui sont les actes suicidaires, les varicelles, les zona, les oreillons, les diarrhées aigües, les urétrites, la maladie de Lyme ainsi que le contage des cas de grippes très fébriles. Non associatif et adossé à l’INSERM, son fonctionnement reste très Jacobin. Les données produites sont essentiellement statistiques.

Les deux réseaux semblaient complémentaires, le Grog pour les infections respiratoires aigües dont la grippe et Sentinelle pour une vision plus globale de nombreux indicateurs de santé publique.

Pour des raisons économiques de contraintes budgétaires, les autorités sanitaires représentées par la DGS (direction générale de la santé) et L’InVS (institut de veille sanitaire) ont décidé que le réseau des Grog, après avoir licencié la moitié de son personnel, devait rejoindre le réseau Sentinelle.

Notre association a dû réunir en urgence une assemblée générale le 28 mai 2014 au cours de laquelle une large majorité des membres de l’association ont refusé de fusionner avec le réseau Sentinelle. Les membres présents à l’AG ont reçu le projet de réseau unique comme un dictat imposé par la DGS et l’InVS.

Dans le monde du 24 septembre, un article “Alerte à la grippe en Europe “ nous rappelle que la grippe est une infection potentiellement très dangereuse. Cet article arrive à point nommé quelques semaines avant l’inévitable épidémie de grippe de cet hiver. Il pointe la gravité potentielle de la grippe. Cette tribune vient souligner la nécessaire vigilance que les pays européens doivent mettre en place.

Nos autorités sanitaires n’ont-elles pas hypothéqué une surveillance de la grippe efficace sur l’autel d’un concept aujourd’hui mis à toutes les sauces,

“Une meilleure efficience“ …

 

 

(1) En 2009, le réseau des Grog a permis de corriger la date de début de la pandémie H1N1, par erreur annoncée fin septembre devant une recrudescence de syndromes grippaux qui étaient en réalité dus à un rhinovirus, retrouvé dans nos prélèvements.

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Prescriptions médicamenteuses, à quoi servent les pharmaciens …

pharmacie 

Aux État Unis, le pharmacien remet au patient plusieurs petites boites en plastique toutes identiques contenant chacune le nombre de comprimés nécessaires pour son traitement. Sur chaque boite est collée une étiquette comportant le nom du patient, le nom DCI et le nom commercial du médicament, la posologie et l’horaire des prises.

En France les patients vont sortir de la pharmacie avec des jolies boites de médicaments aux noms très variés. Un même médicament va s’appeler différemment selon le laboratoire qui l’a fabriqué ! Le nombre de comprimés délivrés au patient est en général très supérieur à la prescription.

Cette situation entraîne pour les patients une défiance envers l’efficacité de leur traitement et il est admis qu’avoir confiance dans son traitement aide à mieux le supporter, mieux l’accepter. Cette confiance peut être bénéfique en terme de guérison.

Du fait de la confusion que cette présentation entraîne, les erreurs de prises de la part des personnes âgées principalement sont légion. A 95 ans comment faire le tri devant l’accumulation de ces boîtes de médicaments avec des noms ou des couleurs qui varient. Boite de 28 ou de 30 comprimés voir de 90 pour certains molécules.

La préparation des piluliers nécessite une auxiliaire de santé avec parfois des erreurs.

Les ordonnances des médecins sont trop souvent illisibles ou réduites à un message de style télégraphique.

Le pharmacien ne fait souvent guère mieux en griffonnant la posologie sur les boites.

Enfin en cas d’intervention d’urgence au chevet du patient quel médecin n’a pas rencontré des difficultés à identifier le traitement réellement pris devant une montagne de boites de médicaments dont on  se sait pas si c’est le traitement du patient, du conjoint, ou les anciennes boîtes du précédent traitement …

Les français sont les troisièmes plus gros consommateurs de médicaments du monde, sans bénéficie pour leur santé bien au contraire. Le coût des effets indésirables  est énorme. Ils sont inquiets voir suspicieux, pensent majoritairement qu’on ne peut pas faire confiance aux laboratoires trop préoccupés par leur bénéfice, ce qui n’est pas forcément faux au vu des derniers scandales du type MEDIATOR …

Le bon usage du médicament est un chantier énorme où d’importantes économies pourraient être réalisées. On en est réduit à payer les médecins (P4P) pour prescrire des médicaments génériques  et verser aux pharmaciens une prime en fonction du pourcentage de génériques délivrés !!   Ce coût est énorme pour la collectivité.

Il faut pour cela contrer le lobbying éhonté exercé par les laboratoires à l’hôpital comme en médecine de ville ou auprès de nos élus.

Trois pistes doivent être explorées.

Tout d’abord, le travail du pharmacien qui doit être responsable de la bonne prise du médicament. Cela suppose un dialogue avec le patient pour détailler le mode de prise du traitement.

Deuxièmement, une remise en cause de la quantité de médicaments prescrits par le médecin. Combien sont utiles ? Nos ordonnances pourraient être réduites de moitié si elles n’étaient pas le gage, dans l’inconscient collectif, de guérir plus rapidement …

Enfin, arrêtons ce débat entre générique et produit de marque. Les patients, comme les médecins, sont exaspérés par cette discussion sans fin bien loin d’un meilleur soin. Le pharmacien nous rappelle l’obligation (débilitante) d’écrire à la main “non substituable“ en face de chaque médicament quand le patient veut un nom de marque. Car les médicaments non génériqués sont bien vendus dans les pharmacies et le patient peut parfaitement demander à en bénéficier. Les prescripteurs n’auraient qu’à écrire le nom des produits en DCI et le pharmacien s’obligerait à délivrer toujours le même médicament au patient. Pour le prix, une règle simple. Le  princeps est vendu une certaine somme, afin de permettre aux laboratoires d’amortir leurs recherches, puis une fois la molécule tombée dans le domaine publique,  l’état fixe un prix unique de remboursement.

Enfin le seul dialogue utile aux patients se fera sur la pertinence de la prescription et non plus sur la couleur du comprimé !!

 

 

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GPA, parlons en !

GPAÉlisabeth Badinter dans un entretien  avec la journaliste Isabelle Girard nous dit que s’opposer à la gestation pour autrui (communément appelé mère porteuse) est une attitude rétrograde.
Ces propos me semblent réduteur d’un problème qui mérite un vrai débat sans parti pris.
Elle a raison quand elle affirme que les femmes ne sont pas sous une dépendance hormonale qui ferait que, lors de chaque grossesse, un instinct maternel se développerait !
Mais il ne faudrait pas minimiser la relation entre une mère et son enfant dans les derniers mois de grossesse. Que certaines femmes le vivent avec indifférence et parfois hostilité n’enlève rien à l’importance de cette relation.
La vie très injustement a privé anatomiquement ou fonctionnellement certaines femmes d’utérus. Leur désir de grossesse est parfaitement justifié et la facilité technique d’implanter un de leur ovule fécondé au sein de l’utérus d’une autre femme rend illusoir l’idée de ne pas légiférer.
Mais éluder le problème financier est un faux fuyant dans une société où les inégalités augmentent. Aujourd’hui nous assistons à une marchandisation du vivant avec des couples prêts à payer très chère pour faire porter leur futur enfant par une autre.
Sylviane Agacinski développe parfaitement cette financiarisation qui améne une nouvelle forme de marchandisation du corps féminin.
Réfléchissons  sereinement, sans dogmatisme ni raccourci,  à mettre en place une législation qui garantisse d’abord la dignité de la femme et autorise, dans des situations  exceptionnels à clairement définir, le recours à une autre femme pour porter un enfant.

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La prostitution, il est urgent de ne pas légiférer !!

prostitution

De bonnes âmes, sûres de leur conviction pour lutter contre l’exploitation des êtres humains, veulent mettre en place une loi pour pénaliser les clients des prostitués (es).

L’idée est d’abord séduisante. Qui n’est pas contre la pauvreté, les inégalités et pour plus de justice. La prostitution n’est elle pas subie par de très nombres femmes et beaucoup d’hommes, imposée par une précarité financière, quand elle n’est pas contrainte par des réseaux de proxénètes. Défendre la prostitution peut apparaître de prime abord comme déplacé, venant d’hommes qui consomment ou aimeraient consommer.

L’exploitation des êtres humains est indéfendable, surtout quand il s’agit de femmes, d’enfants et de personnes fragiles.     Mais le débat n’est il pas réducteur voir simpliste avec cette vision très manichéenne de la prostitution ?

Tout d’abord, définissons ce qu’est la prostitution.

Oui, la prostitution est très majoritairement contrainte, souvent violente, avilissante, sans sécurité avec son flot de maladies sexuellement transmissibles. C’est la prostitution de la pauvreté, de la toxicomanie, de la désocialisation. C’est l’un des plus vieux métiers du monde. Mais ses limites sont floues.

Madame de Pompadour, pour gagner les faveurs de Louis XV, n’a-t-elle pas usé de ses charmes pour obtenir son titre de marquise, avant de devenir mère maquerelle pour le roi !

Les films X font appel à des acteurs et des actrices qui monnayent leur prestation sexuelle. Doit-on pour autant interdire la pornographie.

Enfin, il existe une prostitution librement choisie de femmes généralement jolies, qui va leur permettre de gagner beaucoup d’argent. Quelques politiques ou joueurs de football s’en souviennent amèrement …

Ce n’est pas la prostitution qui pose problème mais l’usage qui en est fait, dans un monde dominé par l’argent, le machisme et la violence.  Vouloir éradiquer la prostitution relève d’un vœu pieux. Légiférer contre, risque d’aggraver sa marginalisation, avec les problèmes sanitaires et d’insécurités qui en découlent.

Arrêtons de penser que la loi ne peut pas mettre un cadre. Imposer des règles est possible. Réfléchissons sans angélisme à une réouverture des maisons closes.

Non, je ne souhaite pas à personne de vivre de la prostitution,

Oui, je suis opposé à une législation répressive hypocrite !!!!

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Médicaments !!!

medicamentsLes médicaments sont indispensables dans la prise en charge de la santé et tout particulièrement dans le traitement des maladies ou plutôt de certaines maladies.
Mais  les médicaments ne sont pas toujours synonymes de bonne santé …
Par exemple, ils permettent d’équilibrer un déficit en insuline chez une personne diabétique,  sont utiles pour tuer une bactérie responsable d’une infection, indispensables pour induire une baisse de la coagulation pour prévenir ou traiter une phlébite.
Ils peuvent aider à dormir mais entraîne une dépendance, une altération du sommeil et augmentent le risque d’avoir des troubles de la mémoire. Tout ça sans réellement guérir l’insomnie. Cela s’appelle un « cache misère ».
D’autres calment les signes inflammatoires et soulagent la douleur. Mais ces médicaments, appelés « anti-inflammatoire », abîment l’estomac en pouvant provoquer des ulcères, perturbent le fonctionnement des reins, limitent l’action de certains médicaments anti hypertenseurs ou peuvent, exceptionnellement, entraîner des allergies pouvant être mortelles. Très utile pour soulager une crise de colique néphrétique ou un syndrome inflammatoire, les anti-inflammatoires sont souvent consommés sans nécessité absolue, malgré des effets secondaires  potentiellement très graves, afin de soulager une douleur passagère qui souvent va disparaître spontanément.
Aujourd’hui ce type de médicament et bien d’autres sont en ventre libre dans les pharmacies.
Remède à tous les maux, ils sont consommés sans limite. Rançon de leur succès ou évolution d’une société qui veut une réponse immédiate et n’accepte pas d’attendre quelques jours que les symptômes s’améliorent.
Les professionnels de la santé sont aussi coupables. Conclure une consultation par une prescription médicamenteuse est plus rapide et permet de donner l’illusion d’un savoir médical important au patient, que ce soit une prescription allopathique ou homéopathique.
L’erreur est de toujours associer à un signe clinique une réponse médicamenteuse, ce qui entretien dans la population l’illusion du pouvoir absolu des médicaments.
Les médicaments ne sont pas des produits comme les autres.
Nos responsables politiques sont désespérants par leur frilosité à sortir du marché concurrentiel ce type de produit et autorise demain leur vente par internet  !!!
Au bénéfice de qui ?
Sûrement pas du consommateur !!!

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C’est pas moi, c’est lui ou comment nier une connivence !

Unknown 

 

Mercredi 10 janvier, en allant prendre le train pour rentrer à Dijon à la Gare de Lyon, mon attention est attirée par la première page du journal « Le Monde » sur les liens supposés entre des gynécologues et l’industrie pharmaceutique.

Quelle ne fut pas ma consternation à la lecture, en page 2, de l’interview de quatre médecins connus, spécialisés en gynécologie et leaders d’opinion, justifiant leur relation avec les laboratoires pharmaceutiques. Les propos sont affligeants et très inquiétants de la part de tels professionnels ayant d’importantes responsabilités.

Certains de leur innocence et de leur bonne foi, les quatre médecins  égrènent une suite d’affirmations d’un autre âge, complètement déconnecté de la réalité d’aujourd’hui. Tous les vieux clichés de la médecine d’un temps révolu sont mis en avant.

En effet, Israël Nisand rappelle tout d’abord, en introduction, qu’il trouve normal et naturel de travailler avec tous les laboratoires. Puis, après nous faire part de quelques brebis galeuses qu’il qualifie lui même de pourries, il assure que, lui, il sait garder toute son indépendance vis à vis des laboratoires avec lesquels il travaille.

Quelle force de caractère a cet homme !

Tout comme Christian Jamin, qui explique qu’en tant que leader d’opinion, il est sollicité par des laboratoires très régulièrement. Il affirme que l’influence de l’industrie fait partie de notre réflexion. C’est presque un oxymore, mais, pourquoi pas après tout. Là où le bas blesse, c’est quand il se revendique consultant de laboratoires, et donc rémunéré par eux. Aussi, affirmer ne jamais être influencé par ces mêmes laboratoires au motif que « tout le monde n’a peut-être pas mon caractère » me laisse pantois !

Qu’il se rassure, il n’est pas le seul.

Sylvain Mimoun aussi pense qu’à priori, il n’est pas influencé, même s’il reconnaît apprécier, grâce à l’industrie pharmaceutique, pouvoir « développer ses visées et entretenir sa réputation » .

Enfin, avec Brigitte Letombe, c’est la cerise sur le gâteau. Elle démarre sur les chapeaux de roues avec une évidence qu’elle réaffirme sans le moindre complexe. « Travailler avec les laboratoires, c’est le minimum quand on est médecin » !!!

Je vais avoir du boulot avec mes étudiants pour justifier cette évidence. Et moi qui leurs parlait d’empathie, d’écoute du patient, du nécessaire esprit critique pour choisir le meilleur traitement.. Fut un temps où l’on enseignait  la maxime d’hypocrate   « primum non nocere ». Aujourd’hui changement de paradigme, c’est « prime à la nouveauté »

Au diapason avec ses trois confrères masculins, Brigitte Letombe ne comprend absolument pas le risque des conflits d’intérêts, « en tout cas pas pour moi » ajoute-t-elle, ne pouvant probablement pas complètement éteindre cette  petite voix de bon sens qui l’inciterait à douter (un petit peu) de l’impartialité d’un jugement quand il existe un lien de subordination.

Mais le comble de la mauvaise foi est atteint lorsque, à cours d’arguments, elle énonce  cette vérité définitive et sans appel « Nous sommes médecins ! »

Car les médecins, dans leur tour d’ivoire, ne peuvent pas se tromper. Oubliées les affaires du sang contaminé, des surdosages en radiothérapie, des prothèses PIP, du Médiator et son bon docteur Servier …   Tous ces drames n’auraient servis à rien sous prétexte que le status de « médecin » nous rendrait irréprochables.

L’argent dépensé par l’industrie pharmaceutique pour quelques leaders d’opinion ne serait donné que dans un but philanthropique afin de mieux informer les patients, mieux former les étudiants et de manière très subsidiaire, apporter quelques indemnités financières à ces chers leaders incorruptibles.

 

En guise de conclusion et pour rester optimiste je citerai Gandhi  à l’intention de ces confrères qui semblent,  hélas, de bonne foi :  « Commencer par changer en vous ce que vous voulez changer autour de vous ».

 

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Un rapport bien ambigüe !

La sortie du rapport commandité par François Hollande sur la fin de vie permet de relancer le débat sur une loi légalisant l’Euthanasie. Cette question, mainte fois mise en exergue par l’actualité, touche fortement les français qui, dans une très large majorité, se prononcent de manière constante pour une avancée de la législation en faveur de l’Euthanasie.

Et là, surprise, à la lecture du rapport, on constate une très grande défiance envers le mot Euthanasie qui semble être devenu un mot tabou. Interviewé sur France-Inter le matin même de la remise de son rapport au président de la république, le Pr Sicard va évoquer … le suicide assisté.

Pourquoi cette frilosité devant l’Euthanasie.

Pour aborder sereinement le débat, il faut définir un cadre à la problématique qu’est la fin de vie. Pour la grande majorité de la population, c’est la prise en charge d’un être humain atteint d’une maladie incurable et mortelle à plus ou moins brève échéance, qui souffre et souhaite arrêter de vivre.

Cette demande s’adresse à l’entourage des patients, soignants et proches, la réponse va conditionner directement le bien être du malade.

Il est infiniment triste et douloureux de voir partir un proche.

Il est encore plus triste d’être celui qui part dans d’horribles souffrances.

Dans le premier cas, c’est une douleur de séparation, une perte de l’amour voire d’une passion mais qui va s’estomper, plus ou moins vite avec le temps et qui laissera la place à une vie, sans elle ou sans lui.

Pour la personne en fin de vie, la situation est tout autre. Les douleurs vont s’aggraver, envahir le quotidien, malgré d’admirables soins prodigués par les équipes de soins palliatifs, avec la mort comme seule issue, mais dans combien de temps.

Pourquoi ce temps ? Réminiscence religieuse qui veut que la souffrance soit le mal nécessaire pour gagner un très hypothétique paradis !

Ce refus dogmatique de l’Euthanasie me donne l’impression de protéger l’entourage au détriment du malade.

Ne jouons pas sur les mots, l’Euthanasie, pratiqué en Belgique comme en Hollande, est une exécution. Mais l’équipe médicale assume le fait de retirer la vie en quelques secondes pour la paix du malade, souvent entouré d’amis et de sa famille, loin de l’inévitable agonie qu’entraine une juste application de la loi dite Léonetti.

Arrêtons de masquer cette réalité par une supposée ignorance de la loi. Le problème ne vient pas d’une méconnaissance de la loi, mais de la façon de l’appliquer parce qu’elle a été pensée par des personnes pour qui hâter la mort est un tabou. La seule concession du législateur concerne la prise en charge de la douleur du malade mais, comme le rappelle la loi de façon particulièrement ambigue, « en lui appliquant un traitement qui peut avoir pour effet secondaire d’abréger la vie ». Ces quelques mots autorisent la retenue de certaines équipes, de certains médecins. Selon les convictions des soignants, la mort, qui est inéluctable, surviendra plus ou moins vite …

Dernier point troublant du rapport, comment autoriser le malade de mettre fin à ses jours comme le suggère à demi-mot le rapport du Pr Sicard. Le suicide assisté tel qu’il est pratiqué dans certains pays dont la Suisse toute proche est le comble de l’hypocrisie. Au patient en fin de vie, qui n’a plus que la mort comme issue, on va lui demander de mettre fin à ses jours !

Au delà d’un insupportable appel au suicide, c’est une double peine infligée au malade.

Cela témoigne  d’une fuite du corps médical devant la mort qui accepterait de prescrire le produit ou préparer une perfusion, mais aurait un droit de retrait au moment de faire boire ou d’injecter le produit létale.  Quelle mascarade !

Les professionnels de la santé doivent prend en charge la vie dans son ensemble. On ne peut se défiler quand arrivent les derniers jours, la dernière heure, les dernières secondes. Arrêtons de se référer constamment au serment d’Hippocrate en le sacralisant. Ce texte issu de la Grèce antique au IVème siècle avant J.-C doit rester ce qu’il est, le témoignage d’un médecin philosophe qui va servir de trame à un code de déontologie qui évolue avec la société. N’oublions pas que initialement le serment d’Hippocrate interdisait l’IVG. Au vu de l’évolution des règles de notre société,  le texte original a été réécrit.

Enfin, comme ils sont présomptueux et arrogants ces confrères qui hurlent avoir fait médecine pour soigner et guérir. Comme si ceux qui s’interrogeaient sur la prise en charge de la fin de vie n’étaient pas de bons médecins.

La mort fait partie de la vie. Elle n’est pas en soit un échec mais une réalité qui conditionne notre existence.

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Vaccination, pourquoi tant de défiance. Une leçon d’histoire !

Les bases de la vaccination moderne remontent probablement à Thucydide au Vème siècle avant JC . C’est ce dernier qui observa que les personnes ayant survécu à la variole étaient protégées lors d’une nouvelle épidémie. Mais ce n’est qu’au XIème siècle en Chine que la lutte contre cette maladie s’organisa. L’idée a été de mettre en contact un homme sain avec les sécrétions supposées contaminantes, d’un homme malade avec l’espoir que l’homme sain  développe une défense contre cette maladie. C’était une hypothèse un peu folle à une époque où on ne parlait pas du tout de système immunitaire. Le premier ministre chinois, Wang Dan, après la perte de son fils mort de la variole, fit mettre au point cette technique dite « de variolisation ». Cela consistait à inoculer par voie nasale le contenu des vésicules d’un malade à une personne bien portante et ainsi lui permettre de développer des défenses contre la maladie.

Extraordinaire avancée scientifique qui arriva en Europe occidentale dès le XVIIIème siècle. C’est François de la Rochefoucauld qui rapporta la méthode en France (ce qui lui valut la légion d’honneur en 1810).

Ce progrès de la médecine  va s’accompagner d’un malentendu. Destiné à la population générale lourdement frappée par la petite vérole, ce sont les esclaves qui vont être massivement variolisés. L’objectif était de préserver une force de travail et un bien économique. Pratiquée de façon autoritaire, la variolisation avait pour but d’apporter une très bonne protection à cette malheureuse population avec le risque de faire une variole grave ou d’autres maladies comme la syphilis!

La question du bénéfice par rapport aux effets secondaire apparaît.

En 1775, Edward Jenner remarqua que les personnes travaillant au contact de vaches malades de la « vaccine »  étaient alors protégées contre la variole. Nous savons aujourd’hui que l’agent responsable de la vaccine des vaches est un virus proche du virus de la variole (famille des Orthopoxvirus)

La vaccination est née qui va bouleverser la santé de l’humanité, surtout celle des personnes habitant les pays les plus riches.

Un comité de la vaccination (ancêtre du Comité Technique des Vaccinations ?) voit le jour présidé par Joseph Ignace Guillotin. (médecin humaniste qui a inventé une machine pour éviter la souffrance des condamnés à mort et qui a regretté toute sa vie que son nom soit accolé à cette instrument) Cette structure a pour mission de redorer l’image de la vaccination : vaste chantier, car rapidement la suspicion va s’emparer de la population.

Avec la modernité, l’intérêt collectif disparait et le risque individuel va occuper le devant de la scène.

Au cours du XIXème siècle, les autorités chercheront à convaincre de l’utilité de la vaccination surtout pour maintenir une population importante afin de répondre aux pertes des guerres Napoléoniennes. La communication est désastreuse, dogmatique et teintée d’angélisme. Au lieu de reconnaître les effets secondaires rencontrés et tenter d’y remédier, les autorité de santé vont s’enfermer dans leur certitude. Voilà probablement la naissance des premières ligues anti-vaccinales.

Le temps passe mais l’histoire a tendance à se répéter. La communication sur les bénéfices des vaccins reste parcellaire et même anxiogène quand le public apprend qu’un laboratoire n’a pas transmis toutes ses informations ou que les autorités sanitaires ont été influencées par des pressions politiques.

Cette communication désastreuse aura eu son heure de gloire pendant la campagne vaccinale de la pandémie 2009. La ministre de la santé d’alors, en pleine élections régionales, avait décidé d’offrir un vaccin à tous les français sans aucune explication. Seulement un argumentaire simpliste, manichéen et culpabilisant pour ceux qui refusaient le vaccin.

Cette communication désastreuse a créé les pires phantasmes au sein de la population. « Le vaccin inocule la grippe, le virus pandémique n’existe pas … »

De nombreux experts se sont exprimés mais leur voix n’était plus crédible. La preuve, ils ont pu travailler pour l’industrie … La parole scientifique est par définition suspecte !

Bien mieux que l’homéopathie, qui n’a jamais prouvé quelque efficacité aux dilutions infinitésimales de principes actifs, la vaccination a protégé des millions et des millions de personnes de très graves maladies à commencer par la variole, le tétanos, la rage, la poliomyélite …

Le monde médical doit rapidement repenser la communication autour de la vaccination auprès du grand public, abandonner son discours lénifiant pour privilégier une réelle information indépendante de l’industrie et validée par les scientifiques.

Avec les incertitudes inévitables qui en découleront mais qui doivent être exprimées afin de redonner une valeur à la parole des experts.

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Soignants, vaccinez vous !

Avec l’automne arrive la mobilisation autour de la grippe et son cortège de recommandations. Quel impact sur la population a ce déferlement de communication, pourquoi un taux si élevé de personnes à risque non vaccinées et si faible de soignants vaccinés ?

D’abord beaucoup pensent que la grippe n’est pas si grave, une grippette comme l’a affirmé un médecin, ancien ministre bien connu du monde politique et médiatique. C’est heureusement vrai pour l’immense majorité des grippés mais parfois l’issue est tout autre.

La grippe n’est pas une maladie anodine. Elle tue tous les ans, surtout des personnes déjà fragilisées par certaines maladies. Et le virus de la pandémie a envoyé en réanimation un nombre non négligeable de jeunes personnes en bonne santé dont des femmes enceintes.

La vaccination reste le principal moyen de se protéger contre la grippe. La couverture vaccinale des populations à risque a chuté nettement lors de la pandémie après une campagne de vaccination menée d’une manière désastreuse, pilotée par des politiques qui n’ont pas jugé utile de s’appuyer sur l’expérience des professionnels de terrain que sont les infirmières ou les médecins généralistes. Cela a conduit à une très faible couverture vaccinale et réactivé les craintes souvent irrationnelles concernant les vaccins dans la population générale. Depuis les populations à risque restent mal vaccinées.

Quid des soignants ?

Vecteurs potentiels du virus grippal chez leurs malades, ils peuvent être à l’origine d’un cas de grippe et responsables d’une éventuelle hospitalisation en réanimation, voire d’un décès.

Alors en ce début de campagne vaccinale, les soignants doivent se vacciner, pour eux mais surtout pour leurs patients.

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